Livre : Manger est un acte Citoyen d’Alain Ducasse

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles.

Manger est un acte citoyen. Pourquoi ? Parce qu’en choisissant de manger tel produit ou tel autre, de telle ou telle façon, nous avons le pouvoir et le choix de détruire notre santé et celle de notre planète.

Avant d’avoir entre les mains ce livre, sorti en mars 2017, je ne connaissais pas vraiment le chemin de vie d’Alain Ducasse. Tout ce que je savais, c’est qu’il était passé de statut de Grand chef cuisinier français à dirigeant et consultant du groupe international Alain Ducasse, qu’il régnait en maitre sur un nombre impressionnant de restaurants étoilés dans le monde, qu’il possédait son école de cuisine à Paris et qu’il avait un site de recettes de grands chefs : L’Académie du Goût. Je savais qu’il était impliqué dans l’association : « Le Collège Culinaire de France ». Au delà du célèbre entrepreneur, je ne connaissais rien.

Le livre, je l’ai trouvé par hasard à la médiathèque. Mon mental m’avait préparé à beaucoup de choses mais surtout pas à ce que j’ai lu.

Dans une première partie: « Goûter le monde », Alain Ducasse nous parle d’un événement personnel qui a fait basculer sa vie. A l’âge de 27 ans, il a perdu un œil et failli être amputé du pied droit, suite à un crash d’avion qu’il a vécu.  Il a été le seul survivant, les autres passagers, quatre personnes y comprit le pilote et le directeur du Byblos sont morts. Il a fallu treize opérations pour qu’il s’en sorte et quatre ans pour remarcher. La vie lui a accordé une nouvelle chance et à partir de ce moment le phénix Alain Ducasse renait de ses cendres (avec ce goût à la vie).

« Il y a trois choses importantes dans la vie : la première est de manger. Les deux autres, je ne les ai pas encore trouvées. » Montesquieu

Dans la seconde partie « Ce que veut dire manger »,  Alain Ducasse lance une pierre dans la mare de l’inconscience collective. Il nous invite à manger en pleine conscience, de réveiller l’éco-citoyen qui dort en nous. L’aphorisme de Jean Anthelme Brillat-Savarin, « Dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es« , résume bien le lien entre notre identité et ce que nous consommons. En apprenant à cultiver le plaisir du goût, Alain Ducasse nous explique que c’est la porte secrète qui ouvre sur un autre rapport à nous-mêmes et au monde alentour. En redécouvrant le goût, nous améliorons notre bien-être ainsi que celui de la planète. Par conséquent, prendre conscience de ces mécanismes pourra permettre de lutter contre le processus de standardisation des aliments conçus à grande échelle par l’industrie agro-alimentaire. Aujourd’hui, il s’agit en effet de se choisir un nouveau régime alimentaire, et d’affirmer, sur un mode d’un choix vécu comme une libération, son appartenance à un groupe en même temps que sa volonté de ne plus subir passivement l’emprise de la société de consommation.

Dans son troisième chapitre « De la nature à la naturalité » Alain Ducasse nous rapporte la définition de la naturalité :

« Pour moi, c’est avant tout cultiver un produit propre, sain et goûteux, sans pollution ni chimie, sans dépense d’énergie inutile et sans impact négatif sur la nature. » 

La pyramide des décisions est inversée. C’est le jardin et la saison qui déterminent le menu du cuisinier. Il conçoit la cuisine de la naturalité comme le résultat d’une aventure humaine faite d’échange et de partage. Il est convaincu que la naturalité va chercher, au fond de chacun d’entre nous, l’essentiel de ce que nous sommes.

Dans le chapitre suivant « Devenir chef », nous découvrons le chemin de vie professionnel d’Alain Ducasse à travers sa mini biographie. Il apparaît tout d’un coup plus humain, loin des émissions de télé qui fabriquent en réalité des roitelets éphémères, mais plus proche de la réalité et de l’authenticité. Je découvre un homme clairvoyant, sage et visionnaire. Enfin quelqu’un d’influent dans la grande cuisine qui partage une vision réaliste de ce monde !

« L’ingrédient le plus important de la cuisine ? La culture. Avec la culture vient la connaissance, avec la connaissance vient la conscience, avec la conscience vient l’engagement ».

Il a beau être sorti des cuisines, il en reste pas moins un entrepreneur passionné. Il gère sa carrière avec légitimité, maturité et exemplarité.

Savez-vous que l’étymologie latine du mot convive signifie « Vivre ensemble » ?

Dans le cinquième chapitre, il nous parle de l’influence planétaire de la gastronomie française et dans le sixième nourrir le monde autrement ; en tournant la page du technosphère (l’ensemble des techniques qu’il a initié sur la nature) qui agresse la biospère, chaque jour, des espèces disparaissent, des sols épuisés deviennent infertiles et les mers se vident de leurs poissons… Il nous rappelle que notre avenir reste dépendant des abeilles et des lombrics, que 3 milliards d’individus ne mangent pas à leurs faim…

A la lecture de ce livre, je comprends que son accident d’avion a été une opportunité de grandir, de comprendre que personne n’est au centre du monde, que la vie enseigne que plus nous nous ouvrons aux autres, plus notre horizon s’élargit, plus le champ des possibilités s’agrandit. Il participe à sa manière à éveiller les consciences pour modifier nos comportements.

« On meurt dorénavant de mort lente et programmée, des conséquences chimiques et polluantes d’une alimentation industrialisée : obésité, cancer, diabète … »

« Nous assistons, impuissants, à la paralysie progressive et à la dégradation de tout le système nerveux de notre écosystème. Nous sommes en train de vivre le syndrome de la grenouille dans une marmite d’eau. L’expérience a montré que, si vous plongez brutalement une grenouille dans une eau à 50°, elle aura tôt fait de se propulser hors du liquide brulant d’un vigoureux coup de pattes. En revanche, si vous la plongez dans une marmite d’eau froide que vous faites chauffer progressivement, elle se laissera gentiment cuire à petit feu sans bouger. »

Le livre, »Manger est un acte citoyen » est un cri dans cette anesthésie collective, un appel à la reconnexion avec la nature et celle de l’humain, un rappel que tous les êtres et toutes les formes de vie sont interdépendants sur terre.

Pour Alain Ducasse, la qualité n’est pas une question d’argent. C’est beaucoup plus une affaire de prise de conscience et de changement de comportement.

« Chaque fois que nous consommons un produit cultivé, pêché, élevé ou fabriqué de façon artisanale, nous rendons hommage aux femmes et aux hommes qui travaillent la nature sans la détruire. »

« Les produits vendus à bas prix reviennent en fait nous l’avons dit, très cher, puisqu’il faut y inclure le coût de la dépollution de l’eau potable en raison des algues vertes qui prolifèrent sur le littoral, les maladies générées par les pesticides, l’abaissement des nappes phréatiques, la surmortalité des abeilles, et même, pour être exhaustif, la destruction des modèles de culture manuelle des pays de l’hémisphère Sud induite par ces productions bas de gamme. »

Ce livre nous encourage à passer à l’action, quotidiennement dès lors qu’on est convaincu qu’il est possible de changer ce monde. C’est un manifeste, un appel à tous les individus de bonne volonté, conscients que la gastronomie a un rôle majeur à jouer pour contribuer à construire le monde de demain. Manger est un levier de démocratie directe. Ce n’est pas un hasard, si sa sortie a été programmée pendant les élections présidentielles.

BRAVO à Alain Ducasse pour votre lucidité, votre engagement et votre sagesse !

C’est juste incroyable de constater que ce livre est passé presque inaperçu !

« Regardez une botte de betteraves : c’est simple, c’est beau. Je suis un amoureux inconditionnel de la beauté de la nature, de sa biodiversité. Lorsque je voyage dans le monde, c’est un enchantement de jouer à l’explorateur lancé dans une quête obsessionnelle du meilleur. Ce n’est pas forcément le plus beau qui m’attire, mais le plus savoureux. » Alain Ducasse

Inscription à la lettre d’information de cette Déclaration universelle de la gastronomie humaniste sur le lien : Manger est un acte citoyen.org

Crédit: Framboize

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